Temps à lire: 8 minutes
La galerie SAGE Paris est ère de présenter « NIGHTS IN WHITE SATIN : Carlo Mollino & Helmut Newton ».

Du Jeudi 9 février 2017 au samedi 8 avril 2017

Carlo Mollino

Carlo Mollino est un des esprits artistiques les plus fascinants de son époque. Connu de son vivant pour ses designs et son architecture, autant que pour ses exploits sportifs, le public découvre à sa mort en 1973 des centaines de photographies qu’il a réalisées tout au long de sa carrière, et gardées précieusement cachées. Cette découverte enchante autant qu’elle étonne les amateurs, et révèle encore une autre facette de l’homme et de l’artiste.

Ses photographies les plus célèbres sont celles produites au cours des années 1960, les Polaroids aux couleurs fanées, qui représentent des jeunes femmes, vêtues ou non, portant accessoires, perruques et costumes, lançant un air lascif à l’appareil. Ces jeunes femmes ont été dites être des étudiantes, petites amies, danseuses, prostituées, beautés de la vie nocturne turinoise séduites et photographiées se dénudant, dans les décors familiers à Mollino. En effet, paravents, miroirs, lits, rideaux, chaises et mobiliers divers, sont ceux de la villa Zaira et ceux de sa dernière résidence dans la via Napoleone à Turin, véritable écrin à la manière des pyramides égyptiennes qu’il façonne pour l’accueillir dans l’au-delà, et dont on retrouve le mobilier et les éléments décoratifs dans certaines photographies. Ces Polaroid à l’ambiance baroque et surannée d’un boudoir ou d’un gynécée moderne, sont très étudiées. La composition, la lumière, sont savamment travaillées, de même que les images elles-mêmes sont adoucies, pour correspondre plus à l’idéal féminin de Mollino. Les teintes sont sourdes mais restent douces, les poses érotiques sont contrebalancées par des airs parfois presque angéliques. Sculpturales dans des décors minimalistes, les modèles sont sublimées, et l’ironique opulence de ces mises en scènes rompt avec le caractère li- cencieux des photographies, rendant parfaitement compte de l’esthétique très précise de l’artiste, faite d’oppositions et de contrastes, entre ombre et lumière, épure et baroque, ésotérisme et sensualité.

Dès les années 1930, avant de commencer les Polaroids aujourd’hui célèbres, Mollino fait déjà des photographies similaires, au sein de ses maisons et appartements successifs comme la Casa Miller (1936), la Casa Devalle (1939-40) ou la villa Zaira (1968). Dans la première, il photographie des jeunes femmes avec des accessoires comme une grande tête de cheval blanche, des drapés, ou encore des jeux de miroirs, photographies qui seront reprises dans sa publication « Il messaggio dalla camera oscura » en 1949. Les photographies plus tar- dives, dans les années 1950, sont plus osées. Des jeunes femmes – étudiantes, danseuses, prostituées, amies – se dévêtent, mi-amusées, mi-effrontées, sous l’œil du spectateur. Le jeu, l’humour presque, semblent perceptibles dans ces images pourtant franches, crues, de corps abandonnés et offerts, de visages détournés ou dé ants. Brisant la perspective par une multiplication de jeux de miroirs, de voilages ou de panneaux, il dissout l’espace réel pour en faire un lieu indé ni d’une grande puissance expressive, mêlant meubles aux matériaux bruts et douceur des soieries et des chairs. De même, dans ses photographies de nus, en noir et blanc ou en couleur, le modèle et son environnement sont toujours étroite- ment liés, dans une relation sensuelle et expressive. La photographie reste toujours pour Mollino une démarche très personnelle, où il exprime son attachement à des thèmes qui lui sont chers, comme l’architecture, le ski, la voiture, ou les femmes. Il semble même que ces thèmes de prédilection se recoupent, ses meubles s’inspirant des courbes des femmes qu’il photographie, et celles-ci se fondant dans les courbes dessinées par le designer dans les photographies qu’il prend d’elles. Chaque médium, chaque discipline, se nourrit des autres pour accroitre ses capacités expressives. De même, que ce soit en architecture, en design ou en photographie, son œuvre est toujours hybride, résultat d’un mélange d’in uences et, dans le cas de la photographie, d’un processus de post-production important, entre la chambre noire, le photomontage et les retouches.

Carlo Mollino est né à Turin en 1905. Fils d’un ingénieur, il s’intéresse très tôt à diverses disciplines artistiques, au design, à l’architecture, à l’occulte ou aux voitures anciennes. Il étudie l’histoire de l’art à l’université de Gand, puis à l’université de Turin l’ingénierie et l’architecture. En 1931, il commence à travailler au sein du cabinet d’architecte de son père Eugenio Mollino. Très polyvalent, il travaille à la fois comme architecte, pour le Teatro Regio ou la Società Ippica Torinese, comme designer d’un mobilier épuré, comme styliste, scénographe, essayiste. Il est également un skieur émérite, pilote de voltige, et participe à des courses automobiles, comme les 24 Heures du Mans en 1954 avec sa « Bisiluro », qu’il a dessinée lui-même. En n, il est également photographe, prenant pour modèles ses architectures, l’intérieur des maisons qu’il a designées, ou encore des jeunes femmes, dans des positions lascives et érotiques. Il commence la photographie dès les années 1930-40, et se met dès le début de ce médium à utiliser le Polaroïd. Entre 1962 et sa disparition soudaine en 1973, il en aura produit quelque 1300, et plus de 2000 au cours de sa vie. Récemment, ses œuvres ont été exposées au Nederlands Architectuurinstituut (Rotterdam, 1990), Ha- miltons Gallery (London, 2003), MAXXI Museo Nationale delle arti del XXI secolo (Roma, 2006), Galleria Civica d’arte Moderna e Contemporanea – Castello di Rivoli (Turin, 2007), Kunsthalle (Wien, 2011), Haus der Kunst (München, 2011), Gagosian Gallery (New York, 2014), CAMERA – Centro Italiano per la Fotogra a (Turin, 2016), Galerie SAGE (Paris, 2016).

Son travail est conservé dans les collections du Centre Georges Pompidou (Paris), Victo- ria & Albert Museum (London), Brooklyn Museum (New York), Centre Candadien pour l’Architecture (Montreal), Vitra Design Museum (Weil am Rhein), Musée des Beaux-Arts de Montréal, Museo Alinari (Florence).

Helmut Newton

Helmut Newton est photographe majeur dont le style a bousculé et renouvelé l’image de mode avec une impétuosité inédite. Portraits, nus, photographies de mode, voilà comment résumer en trois mots son travail. Ces trois thèmes, ces trois directions, sont inextricablement liées, et la photographie de mode se mêle à la fois de nu féminin et de portrait érotique. Pour Newton, d’ailleurs, l’essence même du travail du photographe de mode est de ne pas faire de photographie de mode. Le commercial disparaît derrière un autre propos. « Je crois toujours que la photographie de mode parfaite est une pho- tographie qui ne ressemble pas à une photographie de mode. C’est une photographie qui ressemble à une image tirée d’un lm, qui ressemble à un portrait, peut-être une photo souvenir, ou encore un cliché de paparazzi, tout sauf une photographie de mode.»

Pourtant, si la bonne photographie de mode ressemble à s’y méprendre à la photogra- phie d’art, Newton se refusera à considérer son œuvre comme artistique. « La photo- graphie de certaines personnes est de l’art. Pas la mienne. Si mes travaux peuvent être exposés dans des galeries ou des musées, c’est bien. Mais ce n’est pas la raison pour la- quelle je les fais. » Son travail à lui est celui d’un mercenaire moderne, un tueur à gages (« I’m a gun for hire ») qui met toute sa connaissance et son art au service de son com- merce, au service du commerce des autres. Ces autres, ce sont les plus grands maga- zines, Vogue français, italien, américain, australien, anglais et allemand, Elle, Playboy, Marie-Claire, Queen, Nova, Oui, ou encore Vanity Fair. À travers ces magazines, qui ont largement diffusé ses clichés, il déploie sa vision, son style, son idée de la Femme.

Car le point central de son œuvre, c’est la Femme, qu’il décrit forte, maître d’elle-même et de son corps, ère et sculpturale dans sa nudité. Les Big Nudes en sont des exemplaires ; puissant, froid, distant, rigide, le modèle s’exhibe presque comme un dé , une af rmation de soi. Les photographies de Newton, à l’érotisme omniprésent, sont marquées par cette dy- namique, où le corps féminin s’af rme, dominant et provoquant le spectateur, le renvoyant à son rôle de voyeur. Pour Newton, d’ailleurs, « Si un photographe prétend qu’il n’est pas un voyeur, c’est un idiot. » La familiarité la plus controversée est ainsi exposée au grand jour, libérée des normes sociales, mais rendue acceptable par le traitement léché et froid de la photographie, par sa composition très travaillée, par la déi cation et la fascination de la femme. Voyeurisme, fétichisme, sadomasochisme, saphisme, et désir sexuel sous toutes ses formes, se mêlent ainsi à une esthétique épurée et hybride, imprégnée par l’érotisme sombre et latent de la photographie surréaliste des années 1930, ainsi que de photojourna- lisme, et de New Wave, le tout créant des clichés novateurs, et une interprétation hautement stylisée et non conventionnelle d’un mode de vie privilégié, à la fois élégant et décadent.

Photographe sans tabous, testant sans relâche les limites du socialement acceptable, contes- tant les rôles de genre avec ses femmes dominatrices, dangereuses, amazones sculpturales à la sexualité libre et puissante, il aura su séduire son époque, et se faire accepter hors du cercle de la photographie de mode sensuelle, produisant des portraits de personnalités comme Margaret Thatcher, Salvador Dali, David Bowie ou Charlotte Rampling. Ses portraits, pu- bliés notamment dans des magazines comme Vanity Fair, ont marqué par leur simplicité et leur honnêteté, exprimant une autre facette du photographe, dont les clichés controversés n’ont pas seulement joué des codes de l’érotisme, mais également instauré une libération du genre d’une façon moins outrancière, étant à l’origine de l’iconique cliché du Smoking Yves Saint Laurent, où l’émancipation de la femme passe aussi par une androgynie feutrée.

Né à Berlin en 1920 sous le nom de Helmut Neustädter, Helmut Newton étudie à l’Ame- rican School de Berlin, puis fait un apprentissage auprès de la photographe Yva (pseudo- nyme d’Else Ernestine Neuländer-Simon), connue pour ses portraits et ses nus oniriques. Après avoir travaillé à Singapour et en Australie (dont il prend la nationalité en 1946), il travaille dans les années 1960 à Paris pour les magazines Vogue et Elle. Consacrant sa carrière commerciale, il a sa première exposition personnelle en 1975, et obtient en 1990 le Grand Prix national de la Photographie française. Il s’éteindra en 2004 à Los Ange- les, peu après la création de la Fondation Helmut Newton. Récemment, ses œuvres ont été exposées à la Neue Nationalgalerie (Berlin, 2000), dont la rétrospective célébrant ses 80 ans voyagera à Londres, New York, Tokyo, Moscou ou Prague ; ainsi qu’à la Ha- miltons Gallery (London, 2009-2011), Grand Palais (Paris, 2012), Newton Foundation (Berlin, 2012-14-15), Foam Fotogra emuseum (Amsterdam, 2016), Helmut Newton Foundation (Berlin, 2016), Casa dei Tre Oci (Venice, 2016). Ses œuvres sont principalement conservées dans les collections de la Helmut Newton Foundation (Berlin).
Article Galerie Sage

Galerie SAGE Paris

1 bis avenue Lowendal, 75007 Paris / École Militaire Métro 8
Tel. +33 1 47 05 05 20
Contact : Coline Olsina [email protected]
www.sageparis.com
Email : [email protected]
Url : http://www.sageparis.com/

HORAIRE : Du mardi au vendredi de 13h à 19h, le samedi de 14h à 18h.
PRIX : GRATUIT